La Famille au cœur de la maladie mentale
Présidente d’honneur d’Espoir 54
Mon fils,
Va vers ta destinée, mon fils. Sans te soucier.
Poursuis tes pas, ceux qui t’ont conduit sous le soleil de Nice, le jour de tes cinquante ans !
Quelle audace !
Seul, tu as acheté ton billet d’avion, seul tu as embarqué.
Personne pour t’accueillir à ta descente d’avion…
Nous savions qu’à l’ombre de la cathédrale, tu retrouverais ton ami Jean-Louis.
Il t’a donné trois rendez-vous, cet ami rencontré à Lourdes il y a bien longtemps.
Depuis ce jour, il est comme un archange qui veille sur toi en silence.
Tu me disais il y a peu, que tu n’avais plus la foi. Pourtant, tu pries et tu te rends aux cérémonies religieuses.
Quelle est donc cette force intérieure qui te pousse sur les chemins du monde ?
Comme si le Christ t’avait intimé, dès ton enfance, cette merveilleuse parole : « Lève-toi et marche ! ».
Dans la cour de l’école, dès la maternelle, tu restais seul dans un coin, à observer les autres élèves.
Plus petit, tu as marché tard, tu as parlé tard. Tes cheveux, tes dents ont poussé avec lenteur.
Tu avais dix-neuf ans lorsque d’étranges comportements sont apparus.
De nuit, on t’a retrouvé longeant une autoroute.
Une autre nuit, chez des amis – tu ne supportais plus ta famille – tu as laissé une bougie se consumer sur la table de nuit.
Un réflexe de survie t’a saisi : tu as réussi à éteindre les flammes en leur jetant de grosses poignées de terre trouvée dans le pot d’une plante verte.
Tes amis vivaient dans un ensemble de 450 logements qui auraient pu partir en fumée…
C’est alors, contre ton gré, que nous t’avons hospitalisé.
Et qu’au terme d’un mois, nous avons imploré les médecins de te laisser sortir.
C’était la veille de tes vingt ans et nous voulions les fêter en famille.
Hélas, les années qui suivirent ont été comme un chemin de croix dont chaque station marquait un péril à déjouer.
Jusqu’au jour où, enfin, tu as trouvé une voie professionnelle qui t’a convenu.
Dans ce parcours, que les crises d’angoisse viennent régulièrement chahuter, tu t’efforces d’avancer, malgré des vents contraires.
Ton courage nous impressionne. Tant bien que mal, nous supportons tes troubles de l’humeur.
Tu nous apprends la patience !
« Tomber sept fois, se relever huit » écrivait Philippe Labro.
Cette constante remise en mouvement force notre admiration.
Va, mon fils, vers ce destin si particulier. A ton tour, montre-nous la voie de la sagesse et de la tolérance à la différence.
Gorze, 14 décembre 2024
Maman